Le site sur l'Art Roman en Bourgogne
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Autun

 

Edifice
Cathédrale Saint-Lazare
Situation
Ville haute, 71400 (Saône-et-Loire)
Parties Romanes
Narthex, nef, transept, chœur et abside
Décoration Portails, tympan, chapiteaux, arcatures, modillons, sculptures déposées de la Salle capitulaire et du Musée Rolin
Datation
1120-1146 (église) et fin du 12e siècle (narthex)

 

 

Introduction - Historique - Description - Visite

 

Introduction

Autun conserve de nombreux monuments de son long et riche passé : une collection sans égale de constructions de l’époque gallo-romaine fait face aux bâtiments médiévaux de la ville, dont le plus important est la cathédrale Saint-Lazare. Cette église est classée parmi les plus belles de la France par l’importance de son architecture clunisienne et surtout par l’abonParadis du tympandance de la sculpture romane de ses chapiteaux et de son tympan, œuvres de renommée mondiale de l’artiste Gislebertus. C’est la seule cathédrale en majeure partie romane en Bourgogne, bien qu’elle fut construite comme église de pèlerinage, pour vénérer les reliques de saint Lazare. L’édifice, bien situé en haut de la ville au sein des remparts romains, a l’apparence extérieure d'une cathédrale gothique. Mais sous la couverture gothique de cette cathédrale se cache un intérieur du plus pur style roman des années 1120-1135, dont le style clunisien s’inspire également des monuments de l’antiquité romaine omniprésente dans la ville. La grande nef, avec ses trois étages sous berceau brisé, et le grand transept avec sa coupole sont les caractéristiques de cette architecture, dont on trouve d’autres exemples à Beaune et à Paray. Point remarquable : on ne trouve pas de chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes à Autun, mais un simple chevet à trois absides. Ce qui fait de Saint-Lazare un chef-d’œuvre de l’art roman est la qualité de sa sculpture qui se manifeste sur les dizaines de chapiteaux de la nef et du chœur : on y trouve notamment la bible sculptée en pierre d’un style très expressif. Avec les chapiteaux de Saulieu et Vézelay, l’ensemble est le plus important de Bourgogne. L’élément le plus significatif de la sculpture romane d’Autun est le tympan du grand portail du narthex avec son Jugement Dernier, signé par Gislebertus, le génie qui a travaillé sur quelques autres églises de Bourgogne, notamment à Cluny et Vézelay. Après une visite approfondie de la cathédrale, le visiteur ne doit pas manquer les magnifiques chapiteaux déposés dans la Salle capitulaire attenant à la cathédrale, ainsi que les sculptures romanes du Musée Rolin, dont la Tentation d’Eve, autre trésor du patrimoine d’Autun, et les vestiges du grand tombeau de saint Lazare. Près de Saint-Lazare se trouvent les bâtiments de l'évêché d'époques différentes et quelques vestiges de l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire.
Parmi les nombreux monuments d’Autun se trouvent quelques autres édifices romans. La Tour des Ursulines est un donjon octogonal du 12e siècle. La chapelle Saint-Nicolas, avec son abside à fresque du 12e siècle, abrite le Musée lapidaire de la ville. De l’époque préromane, Autun conserve la crypte carolingienne de l’abbaye Saint-Andoche, dans la rue Saint-Germain. En dehors de la ville sont conservés encore les vestiges de l’oratoire Saint-Pierre-l’Estrier, importante basilique funéraire du Haut Moyen Âge, abritant quelques chapiteaux du début du 11e siècle.

 

Photo de Thierry Cornier
La Cathédrale

 

Historique

La ville d’Autun se situe au sud du massif du Morvan en bordure de la vallée de l’Arroux. Elle a toujours été parmi les plus importantes villes de Bourgogne et elle est toujours une merveille. Augustodonum était une ville gallo-romaine qui n’avait pas d’égale. Elle est fondée vers 15 avant J.-C. par l’empereur Auguste et se qualifiait de Sœur et émule de Rome. Autun, la troisième ville de la Gaule romaine et la nouvelle capitale des Eduens, a conservé de nombreux monuments qui témoignent de son passé antique, dont une grande partie de l’enceinte romaine longue de six kilomètres et deux portes de la ville : la Porte d’Arroux et la Porte Saint-André. Le théâtre, le temple de Janus et la Pierre de Couhard sont d’autres témoignages rares des premiers siècles de notre ère.
Une communauté chrétienne existe à Autun depuis la fin du 2e siècle, aux abords de la ville, à l’endroit du tombeau du martyr Saint-Symphorien tué en 179. Après la Paix de l’église, la communauté se déplace de la ville haute, à l’intérieur des remparts du castrum, où fut fondé un évêché vers le début du 4e siècle. Le premier évêque de ce domus ecclesiae, Rhétice, fut mentionné en 313. A la fin du 5e siècle, l’évêché est déplacé à l’emplacement où il se trouve toujours et la première cathédrale, dédiée à Saint-Nazaire, est construite. Le groupe épiscopal comprenait trois églises : la cathédrale Saint-Nazaire, le baptistère Saint-Jean-de-la-Grotte et l’église Notre-Dame-du-Châtel. Au 6e siècle, la cathédrale reçoit les reliques de saint Nazaire et de saint Celse, apportés de Milan par l’évêque Syagre. Il fait décorer l’abside de la cathédrale par des mosaïques à fond d’or. On commence la construction de la cité épiscopale autour de la cathédrale, dont le chapitre est mentionné en 577. Au 7e siècle, l’évêque Léger décore la cathédrale et fait construire un atrium. C’est également l’époque des destructions par des ravages : les Francs en 534, les Sarrasins en 731, qui brûlent la cathédrale, les Gascons en 761 et les Normands en 895.
L’époque mérovingienne était le temps de la floraison de communautés religieuses à Autun. Plusieurs monastères sortent de terre. La première abbaye d’Autun est celle de Saint-Symphorien, fondée au 5e siècle par l’évêque Euphrone. A la fin du 6e siècle, la Reine Brunehaut fonde plusieurs monastères dans la ville : l’abbaye bénédictine Saint-Andoche, le monastère féminin Saint-Jean-le-Grand et l’importante abbaye Saint-Martin dont l’église romane influencera plusieurs prieurales du diocèse pendant la période romane. Rasées par la Révolution française, ces abbayes et leurs églises n’existent plus aujourd’hui, ce que l’on ne peut que regretter.
Au milieu du 9e siècle, sous l’évêque Jonas, la cathédrale fut restaurée et des bâtiments claustraux furent construits pour les chanoines autour d’un cloitre carolingien. En 875, l’évêque Augier reçoit de Charles le Chauve la possession de tout le castrum de la ville haute. C’est vers 970, sous l’évêque Gérard, que la cathédrale Saint-Nazaire obtient les reliques de saint Lazare, évêque du 4e siècle, venues de Marseille. Peu à peu, ces reliques étaient confondues avec celles du frère de Sainte-Madeleine, vénérées à Vézelay, et deviennent l’objet d’un grand pèlerinage. Au 11e siècle, un nouveau porche fut construit pour Saint-Nazaire.
Au 12e siècle, la cathédrale ne peut plus accueillir l’affluence de pèlerins et l’évêque Etienne de Bâgé, qui a fait construire aussi Saint-Andoche de Saulieu, décide vers 1120 la construction d’une église pour la vénération des reliques de saint Lazare. Elle se trouvait directement devant le porche de Saint-Nazaire, sur des terres données en 1101-1102 par Hugues II, duc de Bourgogne. Cette église de pèlerinage est l’actuelle cathédrale Saint-Lazare, dont la construction, selon le modèle clunisien, se poursuit rapidement pendant les années 1120-1135. Elle est coGravure anciennensacrée en 1130 par le pape Innocent II. Le transfert des reliques de St-Nazaire à St-Lazare prend place en 1146 ou 1147, sous l’évêque Humbert de Bâgé, quand la construction était alors achevée. Le tombeau de saint Lazare est construit dans le chœur vers 1160-1170 pour vénérer les reliques et faciliter le passage des pèlerins. Hugues III autorise les chanoines pour la construction d’un narthex en 1178. L’édifice s’achève alors à la fin du 12e siècle.
L’église Saint-Lazare fut élevée au titre de co-cathédrale en 1195 : Saint-Lazare devint Cathédrale d’été, pendant la période de Pâques à la Toussaint, alors que Saint-Nazaire restait Cathédrale d’hiver. A la fin du 13e siècle, les voûtes de Saint-Lazare sont renforcées par des arcs-boutants et un grand chœur gothique fut construit pour Saint-Nazaire. Au 15e siècle, l’ancienne nef de Saint-Nazaire fut détruite pour construire une nouvelle nef, mais elle restera inachevée.
En 1469, un grand incendie provoqué par la foudre fit tomber le clocher roman du transept de Saint-Lazare sur le chœur, qui fut gravement endommagé. Des réparations sont nécessaires et c’est de cette époque que datent le grand clocher et les parties supérieures du chevet de la cathédrale, reconstruites par le cardinal Jean Rolin dans le style flamboyant. A la fin du 15e et au début du 16e siècle les chapelles latérales de la nef sont édifiées par les chanoines dans le style de l’époque.
La voûte de Saint-Nazaire s’effondre en 1699 et Saint-Lazare devint Cathédrale en 1720. Les chanoines décorent leur cathédrale dans le gout néoclassique du 18e siècle. Le chœur de la cathédrale est recouvert de marbres polychromes à l’intérieur, décoration qui fut heureusement enlevée en 1939 et qui se trouve désormais dans l’église Saint-Jean à Autun. En 1766, le tympan de Saint-Lazare fut recouvert de plâtre, car ce chef-d’œuvre était considéré d’un goût barbare et primitif par les chanoines. Le tympan du portail nord, le grand tombeau de Saint-Lazare et le jubé gothique seront détruits par le chapitre. Saint-Nazaire, transformé en dépôt, fut démolie en 1783, après treize siècles d’histoire. Saint-Lazare a eu plus de chance : transformée en arsenal après la Révolution, elle fut rendue au culte en 1801.

L'Église Saint-Lazare est classée Monument Historique par liste en 1840. C’est Viollet-le-Duc, le grand restaurateur de Vézelay, qui assiste à la grande restauration de la cathédrale au 19e siècle avec pour but de stabiliser l’édifice. Le projet, qui durera de 1837 à 1886, fut conduit par les architectes Charles Robelin, Louis Dupasquier, Jean Roidot et Alphonse Durand : le tympan du narthex fut redécouvert et restauré, ayant survécu à la Révolution sous le plâtre (1837),
les voûtes furent refaites (1843-1845), le tympan est restauré (1858), les clochers du narthex sont reconstruits (1858), les piliers de la croisée sont renforcés (1868) et les toitures de la nef refaites (1879). Pendant le renforcement de la croisée, pour soutenir la haute flèche du clocher, une vingtaine de chapiteaux furent remplacés par des copies et déposés dans la salle capitulaire.
En 1948, l’érudit Denis Grivot, qui a écrit plusieurs œuvres formidables sur la cathédrale d’Autun (voir ci-dessous), a retrouvé la tête du Christ du tympan parmi les sculptures du dépôt du Musée Rolin. L’église obtient le titre de basilique mineure en 1949. Pendant les années 1980 et 1990, des fouilles du chœur et des abords de la cathédrale augmentent les connaissances sur l’histoire du site. De grandes restaurations commencent dans les années 2000 : le porche (2002), la flèche (2003-2004), l’intérieur (2007) et le tympan (2009). Aujourd’hui, la cathédrale d’Autun s’impose au visiteur dans toute sa splendeur, comme une merveille de l’art roman.

 

La Cathédrale vue du ciel

 

 

Description

Le chantier de la cathédrale romane date de 1120 à 1146, mais la plupart des travaux ont été réalisés durant les années 1120-1135. L’ensemble de la cathédrale fut complété à la fin du 12e siècle, à partir de 1178, par le narthex. Le plan de la cathédrale présente alors un narthex de deux travées surmonté de deux tours, suivi par une grande nef à sept travées flanquée de bas-côtés et un transept saillant avec clocher surmontant la croisée. Le chœur, partie la plus ancienne de l'église, a conservé son plan d’origine à deux travées à bas-côtés suivies par une abside flanquée d’absidioles. Contrairement aux églises de Cluny, Paray et Beaune on n’y trouve pas de déambulatoire à chapelles rayonnantes. L’église est n’est pas régulièrement orienté, comme était l’habitude pour les églises romanes, puisque le chœur se trouve au sud et le narthex est au nord. La construction s’est inspirée de la troisième abbatiale de Cluny, construite quelques années auparavant, dont elle reprend l’élévation et le voûtement. Cependant, on trouve plusieurs différences entre les architectures d’Autun et l’abbatiale clunisienne. On l’explique partiellement par l’existence à Autun de deux portes romaines qui ont servi de modèle pour l’élévation de la cathédrale. L’ensemble primitif a été remanié au 15e siècle par la reconstruction de l’abside et du clocher central et par la construction de chapelles latérales flanquant la nef. Je vous propose ici la visite de l’extérieur et du portail, de l’intérieur et des chapiteaux, de la salle capitulaire, des bâtiments de l’évêché et enfin du Musée Rolin.

 

Plan de la cathédrale romane

 

 

Visite extérieure

De l’extérieur, la cathédrale paraît plus gothique que romane. La nef est d’apparence gothique par les arcs-boutants de la fin du 13e siècle qui renforcent la voûte centrale et par les quatorze chapelles latérales construites le long des bas-côtés à la fin du 15e et au début du 16e siècle dans le style gothique flamboyant. Remarquons aussi les gargouilles et l’horloge donnant sur la place. Le grand clocher sur la croisée a été reconstruit par le cardinal Rolin à la fin du 15e siècle après l’incendie qui avait détruit le clocher roman. C’est un beau clocher gothique de deux étages sous sa flèche d’une hauteur très considérable. Les parties hautes du chevet, avec les hautes lancettes de l’abside et les absidioles du chœur, sont de la même époque. Cependant, on découvre encore des parties romanes sous les constructions gothiques : les travées de chœur avec leurs modillons à têtes, le transept avec son beau pignon et portail, les baies et arcatures des parties hautes de la nef, le pignon de la façade de la nef avec trois baies, ainsi que les travées du narthex.

 

Extérieur de l'église

 

Chevet
Abside
Nef
Clocher
Transept
Modillons
Pignon
Sacristie

 

Le croisillon oriental du transept, donnant sur la place Saint-Lazare, présente un beau décor roman. Le pignon du croisillon est décoré sur trois étages : huit arcatures sur pilastres cannelés avec chapiteaux, sous deux baies sur colonnettes, et en haut une grande baie avec voussure décorée entre deux couples d’arcatures. Des arcatures aux pilastres cannelés sont également visibles sur la face sud du croisillon. Le portail du transept, qui faisait face au portail de Saint-Nazaire, était l’entrée principale pour les pèlerins. Il présente un bel ensemble roman avec ses colonnes aux motifs géométriques, ses pilastres cannelés, sa voussure à feuillages et ses quatre chapiteaux historiés. On y découvre, de gauche à droite : le mauvais riche et le diable, le pauvre Lazare et le Christ (mutilé), Marthe et Jésus (iconographie incertaine), et le festin du mauvais riche. Le portail était beaucoup plus intéressant jusqu’en 1766 quand son tympan fut détruit. C’était une merveille de la sculpture de Gislebertus des années 1130 dont certains fragments sont conservés au Musée Rolin (voir ci-dessous). Le tympan représentait la Résurrection de saint Lazare. Sur le linteau, on trouvait la Tentation d’Adam et Eve, dont on conserve la fameuse Eve couchée au musée. Sur le trumeau se trouvait une statue de saint Lazare en habit d’évêque.

 

Pignon et portail du transept :
Pignon
Aractures
Portail
Colonnes
Le mauvais riche et le diable
Le pauvre Lazare et le Christ
Marthe et Jésus
Festin du Mauvais riche

 

Le narthex est un vestibule ouvert qui a été ajouté à l’édifice à partir de 1178. Il a été très dénaturé par les restaurations du 19e siècle, mais conserve la structure d’un galilée roman à deux étages de deux travées. Le pignon de la façade a été refait au 19e siècle, comme les deux clochers à deux étages qui surmontent la première travée. Ils ont été reconstruits sur le modèle des clochers romans du narthex de Paray, à l’emplacement de deux clochers romans déjà très remaniés au 18e siècle. La partie basse du narthex abrite un grand escalier monumental menant au portail central. Elle se compose de deux travées voûtées en berceau cintré sur doubleaux à double rouleau, qui reposent sur des piliers cruciformes à colonnes engagées et chapiteaux. Les quatre grandes arcades à double rouleau sont de profil brisé. Les bas-côtés, transformés en chapelles avant les restaurations du 19e siècle, sont voûtés d’arêtes sur doubleaux brisés à double rouleau. Les murs sont percés de baies sur les faces latérales et d’arcades géminées donnant sur la place. Les deux portails latéraux en plein cintre, donnant sur les bas-côtés de la cathédrale, sont très simples et décorés seulement de deux colonnes aux chapiteaux historiés : à gauche on trouve David à la fronde, puis David et Goliath, à droite c’est un homme et un singe, et une tête de monstre. Les 20 chapiteaux du narthex sont sculptés de feuillages, à l’exception d’un chapiteau mutilé présentant un guerrier et une croix. Deux escaliers en vis dans la façade mènent aux salles supérieures du deuxième étage du narthex, inaccessibles, qui se composent d’une espace centrale entre deux salles d’entrée et deux salles aux bases des tours. La salle centrale présente une niche ou abside avec arcatures sur pilastres cannelés, au niveau du triforium de la nef, et des baies donnant sur la nef. Le décor comprend des chapiteaux abîmés aux motifs végétaux et des portes aux tympans avec sculpture en méplat.

 

Le narthex :
Façade
Place
Extérieur
Clocher
Arcades
Bas-côté
Arcature geminée
Petit portail
David à la fronde
David et Goliath
Homme et Singe
Tête de monstre
Chapiteau
Chapiteau
Chapiteau
Guerrier

 

Photo de S. van Boxtel
Le portail du narthex

 

Le portail

Plusieurs marches mènent le visiteur au grand portail central du narthex, qui est le chef-d’œuvre de la cathédrale, et le plus important portail roman de Bourgogne avec celui de Vézelay. L’ensemble du portail date d’environ 1130-1135 et se compose de colonnes surmontées de chapiteaux, de voussures autour du tympan central, et d’un linteau soutenu par un trumeau. Ce magnifique tympan est attribué à Gislebertus, qui l’a signé, ce qui était très rare au Moyen Âge. Cependant, c’est également possible que la signature de Gislebertus concerne Gilbert de Chalon, comte des Bourguignons au 10e siècle et bienfaiteur de l’église. En ce cas, le nom du sculpteur restera inconnu. La sculpture est d’un style très particulier par son relief et par les formes allongées des personnages. Le tympan était polychrome à l’origine, avec des pièces de verre pour les yeux des personnages. Il a été sauvé de la destruction à la Révolution car il avait été recouvert d’une couche de plâtre (de 1766 à 1837). Le portail a été restauré sous Viollet le Duc vers 1858 quand le trumeau fut refait et deux corbeaux ont été déposés.

 

Tympan du narthex

 

Le tympan, se composant de 29 blocs de pierre, nous montre le Jugement Dernier. Le grand Christ en Majesté, de conception très remarquable, trône dans sa mandorle. Sa tête, détruite pendant le plâtrage de 1766, a été remise en place en 1948. La mandorle porte plusieurs inscriptions latines, dont : seul, je dispose toute chose, seul, je couronne le mérite. Elle est soutenue par quatre anges dont deux ont leur tête en bas. En haut, deux disques représentent le soleil et la lune. A gauche du Christ (sur sa main droite), on trouve neuf apôtres dans le ciel avec à gauche saint Pierre et sa clef. Il est tourné vers le paradis, à gauche, représenté par trois étages d’arcades, dont il protège l’entrée. La scène représente l’entrée des élus dans la Jérusalem céleste, assistée par des anges. En haut du tympan, la Vierge Marie est assise sur un trône dans la gloire du ciel, à côté d’un ange à trompette. A droite du Christ, on admire l’enfer des damnés avec plusieurs scènes affreuses. La fameuse Pesée des Ames est représentée avec une balance entre le grand archange saint Michel, à gauche, avec deux âmes se terrant sous sa robe, et Satan, à droite, avec un serpent à trois têtes. Un apôtre ou évangéliste portant un livre se voit à gauche de la scène. A droite, on trouve l’enfer : damnés dévorés par des diables, des monstres, le Léviathan, deux damnés dans une chaudière et une femme à serpent dévorant les seins. Au-dessus, ce sont les apôtres saint Jean et saint Jacques (ou peut-être Enoch et Elie ?), et à côté, un ange à trompette. Il y a quatre anges musiciens au total sur les coins du tympan. Le linteau soutient le tympan sur toute sa largeur et se compose de deux pierres. Son thème est la Résurrection des Morts, avec les élus et les damnés sortant de leurs tombeaux. Les ressuscités émergent de leurs cercueils, représentés par des sarcophages rectangulaires. Au centre, l’ange de la séparation porte une épée. Entres les élus, à gauche, on voit, deux évêques avec crosse et chasuble, trois enfants entourant un ange, deux pèlerins de Jérusalem et de Saint-Jacques-de-Compostelle, avec la croix et la coquille, et des moines. A droite, les damnés ont des attitudes tout à fait différentes : l’avarice portant saSignature du linteau bourse; l’ivrogne avec son tonneau, l’orgueil, une main géante tirant la tête d’un personnage et la Luxure avec une femme aux seins dévorés par des serpents. Sous les pieds du Christ du tympan, on trouve une inscription en latin avec au centre les mots Gislebertus hoc fecit (Gislebert a fait cela). A gauche, au-dessus des élus, l’inscription traduit : ainsi ressuscitera quiconque ne mène pas une vie impie, et luira pour lui sans fin la lumière du jour. A droite, l’enfer est évoqué : qu’ici la terreur terrifie ceux que l’erreur terrestre ligote, car l’horreur de ces images signifie que tel sera leur sort.
Trois rangs de voussures entourent le tympan. La première est vide : détruite 1766, elle présentait autrefois les Rois d’Israël et les 24 Vieillards de l’Apocalypse. Quelques têtes et fragments en sont conservés au Musée Rolin. La deuxième voussure montre des motifs végétaux : des rinceaux de feuillages et de fleurs. La troisième se compose de 31 médaillons qui représentent les Travaux des Mois alternant avec les Signes du Zodiaque. Les belles sculptures représentent le calendrier du travail des paysans, les saisons, les signes astrologiques (balance, bélier, cancer, capricorne, gémeaux, lion, poissons, sagittaire, scorpion, taureau, verseau, Vierge) et quelques motifs floraux. Ces voussures sont très comparables aux voussures du grand portail du narthex de Vézelay ou de celui d’Avallon. Les six colonnes des jambages du portail sont décorées de motifs géométriques et végétaux et flanquées par deux pilastres cannelés. Elles sont surmontées de trois chapiteaux sur chaque face dont les thèmes rappellent des fables. A gauche, les chapiteaux sont consacrés au loup et à la cigogne de la Fable d’Esope, à Abraham qui renvoie Agar dans le désert, et aux six Vieillards de l’Apocalypse munis de leur viole. A droite, on admire sur les chapiteaux la Présentation de Jésus au Temple, la légende de saint Eustache et saint Jérôme et le Lion. Les deux corbeaux surmontant les pilastres sont des copies du 19e siècle (les originaux se trouvent dans la Salle capitulaire) : un Hippogriffe à gauche et Balaam sur son ânesse à droite. Le trumeau qui soutient le linteau a été refait au 19e siècle ; on y voit trois statues-colonnes de Lazare et de ses sœurs, et un chapiteau copié à deux atlantes.

 

Le portail:
Le tympan
Christ
Apôtres
Paradis
Pesée des Ames
Enfer
Linteau
Damné
Trumeau
Voussures
Voussures
Voussures
Chapiteaux de gauche
Vieillards de l’Apocalypse
Corbeau et Présentation au temple
Chapiteaux de droite

 

L'Eve d'Autun
Les élus et les damnés sur le linteau

 

 

 

Visite intérieure

Elévation de la nefLa nef de la cathédrale est la plus grande nef clunisienne encore existante. Elle se compose de sept travées flanquées de bas-côtés. L’intérieur est d’un style roman très pur du deuxième quart du 12e siècle. La nef centrale est voûtée d’un berceau brisé, refait au 19e siècle, sur doubleaux à double rouleau qui reposent par l’intermédiaire de pilastres cannelés sur les piliers cruciformes. A Autun, on trouve ces pilastres cannelés sur chacune des quatre faces des piliers de la nef, ce qui est exceptionnel et ce qui donne des restrictions aux formes des chapiteaux qui surmontent ces pilastres. L’élévation de la nef est à trois étages, séparée par des bandeaux horizontaux : hautes arcades brisées, triforium et fenêtres hautes. A la différence de Beaune ou de Paray, chaque travée est percée d’une seule fenêtre haute, entre des petites colonnettes qui flanquent les pilastres sous les voûtes. L’élément le plus remarquable de l’élévation autunoise est son triforium, dont la base est décorée d’une frise de rosaces. Le triforium se compose de trois arcatures aveugles entre pilastres cannelés. L’arcature centrale est plus profonde que les autres (sauf dans la dernière travée), ce qui donne du relief au triforium. On a souvent remarqué l’analogie de ce triforium avec le premier étage de la porte d’Arroux à Autun, de l’époque romaine, où on retrouve ces pilastres cannelés. Les bas-côtés sont voûtés d’arêtes qui reposent sur des doubleaux brisés à double rouleau retombant sur des pilastres cannelés de chaque coté. Les murs et baies des bas-côtés ont été détruits pour la construction des chapelles latérales aux 15e et 16e siècles. On y trouve de nombreux trésors d’art : un vitrail du 16e siècle, tableaux, portails, statues funéraires du 17e siècle et des fresques du 15e au 19e siècle présentant des saints, des papes et des anges. Mentionnons également la grande tribune d’orgues de la fin du 15e siècle, dans la première travée de la nef, d’un beau style gothique tardif avec redents à boutons.

 

Photos de l'intérieur :
 
Nef
Elévation
Triforium
 
 
Bas-côté
Transept
Chœur
 

 

Intérieur

 

Le transept saillant et le chœur ont la même hauteur et la même élévation à trois étages que la nef, comme cela est commun pour les églises clunisiennes. Le transept est profond de deux travées de chaque côté. La croisée, dont les piliers ont été consolidés au 19e siècle, est couverte par une coupole octogonale sur trompes au-dessus de quatre arcs brisés à double rouleau. Les croisillons sont voûtés en berceau brisé sur doubleaux. Leur élévation reprend celle de la nef, mais sans les ouvertures du triforium. Les murs intérieurs des pignons, comme à l’extérieur, sont décorés de deux étages d’arcatures sur pilastres prolongeant le triforium, sous des triplets de baies. L’escalier monumental dans le croisillon gauche est du 15e siècle. Le chœur de la cathédrale compte deux travées droites sous berceau brisé. L’élévation à trois étages, avec triforium aveugle et fenêtres hautes, reprend celle du transept. Au centre du chœur se trouvait le tombeau de Saint-Lazare, détruit, dont on conserve de nombreux fragments au Musée Rolin. Ses reliques sont conservées sous le maître-autel. L’abside centrale a été rehaussée au 15e siècle après l’incendie du grand clocher et c’est de cette époque que datent les grandes baies-lancettes gothiques et la voûte d’ogives. Cependant, l’abside a conservé ses deux étages inférieurs romans, parties les plus anciennes de la cathédrale, construites avant 1120 dans un style influencé par les monuments romains de la ville. Deux séries de sept arcatures sont flanquées de pilastres cannelés à chapiteaux. Elles entourent deux séries de cinq baies dont celles en bas flanquées de colonnettes et d’archivoltes décorées. Les vitraux de l’abside et le mobilier du chœur sont modernes. Les bas-côtés du chœur sont voûtés d’arêtes sur doubleaux brisés à double rouleau. Ils sont prolongés par deux absidioles, dédiées à sainte Marie Madeleine et à sainte Marthe, reconstruites à l’époque gothique et restaurées au 19e siècle. Des chapelles gothiques flanquent le bas-côté droit.

 

Décor du transept et du chœur :
Coupole
Croisillon
Chœur
Abside
Elévation
Arcatures
Baies
Absidiole

 

 

Les chapiteaux

Saint-Lazare d'Autun est célèbre pour ses magnifiques chapiteaux romans qui datent de 1130-1135. On y rencontre tous les thèmes du monde biblique et mystique de l’art roman. Ils sont en grande partie attribués à la main de Gislebertus, sculpteur du portail, ou à son atelier. Deux chapiteaux sont du maître de Moutiers-Saint-Jean. Il s’agit d’une centaine de chapiteaux au total. Quelques vingt chapiteaux ont été déposés dans la Salle capitulaire (voir ci-dessous) et remplacés par des copies au 19e siècle. La nef a conservé environ 50 chapiteaux, dont 23 à feuillages et 2 modernes, les autres montrant des scènes historiées d’une grande abondance et variées. Les chapiteaux les plus intéressants se trouvent sur les faces des piliers. Ceux des pilastres des bas-côtés et des parties hautes de la nef sont souvent feuillagés. Cependant, entre les chapiteaux sous les voûtes de la nef on pourra découvrir quelques scènes historiées : l’Annonciation à Saint Joseph, un homme et une femme jouant aux Boules et les lions affrontés. Le chapiteau du trumeau intérieur du grand portail montre Jacob luttant avec l’ange avec trois scènes.

 

Photo de Thierry Cornier
La deuxième Tentation du Christ

 

Commençons par le bas-côté droit de la nef. Quinze chapiteaux historiés montrent, depuis l’entrée, les scènes suivantes : un démon tourmentant un damné avec une fourche, avec un animal fantastique ; la lutte d’un Guerrier et d’un Hippogriffe ; un homme entre les feuillages ; Saint Vincent protégé par deux aigles, ou le Martyre de Saint Vincent, avec l’ours et le loup ; le Rêve de Nabuchodonosor, avec deux personnages dans un arbre à quatre branches ; une tête entre les feuillages ; la Chute de Simon le Magicien, avec saint Pierre et un autre saint regardant Simon le Mage s’écrasant à terre ; l’Ascension de Simon le Magicien, avec Simon et saint Pierre portant sa clé ; le quatrième Ton de la Musique, avec des personnages agitant les clochettes (thème de Cluny et de Vézelay) ; le Lavement des Pieds avec Jésus agenouillé devant saint Pierre (attribué au maître de Moutiers-St-Jean) ; Moïse et le Veau d’Or, avec Moïse descendant du Sinaï avec les tables de la loi qu’il brise sur le veau d’or, et le diable à droite (rappelant Vézelay) ; Samson terrassant le lion (attribué au maître de Moutiers-St-Jean) ; la Lapidation de Saint-Etienne, avec Etienne nu au centre lapidé par les juifs lançant des pierres sous le Christ sortant des nuages (très proche d’un chapiteau de Beaune) ; Samson renversant le temple, avec Samson penché vers l’unique colonne portant la maison des Philistins, montrant trois visages, et Samson emmené par l’enfant à gauche ; et l’Arche de Noé avec une maison de paille sur le Mont Ararat montrant plusieurs têtes d’animaux et personnages.

 

Les chapiteaux du bas-côte droit :
Démon tourmentant un damné
Guerrier et Hippogriffe
Homme et feuillages
Saint Vincent et Aigles
Rêve de Nabuchodonosor
Chute de Simon le Magicien
Ascension de Simon le Magicien
Quatrième ton de la musique
Lavement des Pieds
Moïse et le Veau d’Or
Samson terrassant le lion
Lapidation de Saint Etienne
Samson renverse le temple
L'arche de Noé
Feuillage
Jacob luttant avec l’ange

 

Au sein du bas-côté gauche de la nef, depuis le transept, on admire douze chapiteaux historiés : l’Arbre de Jessé avec deux hommes couronnés, peut-être David et Salomon, cueillant des fruits de la connaissance ; l’Apparition du Christ ressuscité à Sainte-Marie-Madeleine, ou Noli me Tangere, avec la Madeleine agenouillé devant le Christ et à droite les Saintes Femmes au tombeau ; Daniel dans la fosse aux lions, montrant Daniel sous un arc et le prophète Habacuc, transporté par l’ange, apportant le repas à gauche ; la seconde Tentation du Christ avec le Christ assis tenté par le diable au sommet du temple de Jérusalem ; la Conversion de Saint-Paul, avec Paul devant le Christ debout et à gauche le baptême de Saul par Ananias ; le Combat de Coqs avec deux coqs et leurs propriétaires (qu’on retrouve à Saulieu) ; la Délivrance de Saint-Pierre, montrant Pierre assis visité par un ange dans sa prison sous des arcades sur colonnes, avec à droite le gardien de la prison (aussi à Vézelay) ; les Trois Hébreux dans la fournaise avec les trois enfants juifs protégé par un ange planant entre les chauffeurs du feu ; l’Annonciation à Sainte-Anne sous des arcades avec l’ange et Joachim ; la Nativité du Christ avec la Vierge couchée, Jésus dans un cuveau, les deux sages femmes à droite et saint Joseph à gauche ; le Sacrifice d’Isaac, avec Isaac assis au centre, son père Abraham portant l’épée à gauche et un ange avec un bélier à droite ; et enfin un Diable traversé par un Serpent.

 

Les chapiteaux du bas-côte gauche :
Arbre de Jessé
Apparition du Christ à Madeleine
Daniel dans la fosse aux lions
Conversion de saint Paul
Combat de Coqs
Délivrance de saint Pierre
Les trois Hébreux dans la fournaise
Annonciation à sainte Anne
La Nativité
Sacrifice d’Isaac
Diable et serpent
Feuillage

 

Comme la nef, le chœur est décoré de plusieurs chapiteaux romans. Dans les travées de chœur, six chapiteaux présentent des scènes historiées de première importance, six sont feuillagés et huit autres ont été remplacés par des copies. Dans le bas-côté gauche du chœur : la Luxure avec une femme nue avec couteau, un homme avec serpent et un petit personnage au milieu ; les Pèlerins d’Emmaüs avec le Christ et deux personnages et à droite un petit personnage ouvrant une porte (autrefois identifié comme la Guérison de l’aveugle de Jéricho) ; et les quatre fleuves du Paradis avec quatre personnages portant des vases d’où coule de l’eau. Dans le bas-côté droit : le Triomphe de Constantin avec un cavalier couronné écrasant son ennemi ; la première Tentation du Christ avec Jésus flanqué d’un ange tenté par un diable avec serpent (comme dans la nef) ; et un Faune et Sirène. Les chapiteaux des arcatures de l’abside principale sont les plus anciens de la cathédrale. Les colonnettes du premier étage rappellent le style du Brionnais : on y voit, entre autres, deux lions, un hibou et une tête humaine. Les pilastres cannelés du deuxième étage possèdent quelques chapiteaux qui sont très mutilés. On y reconnaît la main de Gislebertus dans la sculpture d’un personnage, qui pourrait être le Christ, et un ange.

 

Les chapiteaux du chœur:
La Luxure
Pèlerins d'Emms
Fleuves du paradis
Triomphe de Constantin
Tentation du Christ
Tentation (détail)
Faune et Sirène
Basilic et Sagittaire (copie)

 

 

La salle capitulaire

Salle capitulaireSur le côté ouest de la cathédrale, un bâtiment du 16e siècle abrite la grande sacristie et, à l’étage, la salle capitulaire. On peut y entrer par un escalier dans le bras sud du transept. La salle voûtée d’ogives, ancienne bibliothèque du chapitre, abrite un petit musée lapidaire où sont exposés 23 chapiteaux provenant de la nef et du chœur de la cathédrale, surtout de la partie autour de la croisée du transept. Ils ont été déposés au 19e siècle, pendant la restauration des supports du clocher, souvent remplacés par des copies modernes dans l’église. De cette façon, on peut admirer les sculptures dans toute leur splendeur à très peu de distance. Quatorze chapiteaux sont historiés. Le chapiteau le plus célèbre d’Autun est probablement la Fuite en Egypte, qui provient du chœur, où l'on admire la Vierge Marie portant Jésus, sur l’âne, et Joseph (on retrouve ce sujet fameux à Saulieu). Les autres merveilles provenant du chœur sont : l’Arrivée des Mages chez Hérode, avec une scène des rois avec chevaux très mutilés ; la belle scène de l’Adoration des Mages avec la Vierge Marie à l'Enfant assise sous un baldaquin et saint Joseph à droite ; le Sommeil des Mages, avec la sculpture émouvante d’un ange réveillant les mages ; un Nain combattant chevauchant un oiseau monstre ; l'Oiseau tricéphale et un Basilic et Sagittaire très mutilé. Cinq chapiteaux proviennent de la nef de la cathédrale : la Mort de Caïn, tué par une flèche (sujet qu’on retrouve même deux fois à Vézelay) ; l'Offrande de l’Eglise, scène de présentation avec un Roi dormant à droite ; la Pendaison de Judas qui est une scène très dramatique avec deux démons ailés tirant la corde (qu’on peut voir encore à Saulieu) ; Dieu et Adam, avec Dieu parlant à Adam ou Caïn, et Abel couchant dans les feuillages à droite ; ainsi que deux Vices et deux Vertus aux visages étonnants représentant l’Avarice, la Charité, la Colère et la Patience ou l’Espérance. Les deux corbeaux mutilés du grand portail du narthex ont été déposés ici : l'Hippogriffe ou griffon monté par un cavalier Ethiopien, et, Balaam sur son ânesse (sujet qu’on peut voir aussi à Saulieu et à La Rochepot). Enfin on y admire neuf chapiteaux aux feuillages au décor végétal très délicat (provenant de la nef et du chœur).

 

Photo de Thierry Cornier
Chapiteau de la Fuite en Egypte

 

Les chapiteaux de la salle capitulaire:
Pendaison de Judas
Mort de Caïn
Caïn (détail)
Offrande de l'église
Fuite en Egypte
Adoration des Mages
Sommeil des Mages
Arrivée des Mages
Vices et vertus
Dieu et Adam
Nain combattant
Oiseau tricéphale
Basilic et Sagittaire
Balaam sur l'ânesse
Hippogriffe
Feuillage
Feuillage
Feuillage
Feuillage
Feuillage

 

 

Les bâtiments de l’évêché

A l’est de la cathédrale se trouvent le site de l’ancienne cathédrale Saint-Nazaire et les bâtiments de l’évêché. La ville haute, entourée des murs du castrum, était partagée entre l’évêque, les chanoines et le Duc. En face du portail du transept se trouvait l’entrée de Saint-Nazaire, l’ancienne cathédrale fondée au 5e siècle, qui fut démolie en 1783. Reconstruite à plusieurs reprises, elle possédait une crypte abritant le baptistère Saint-Jean-de-la-Grotte, un atrium, une nef préromane et un grand chœur gothique. Quelques vestiges sont encore à noter. Le porche donnant sur la Cour de la Maîtrise conserve encore un arc du porche roman du 11e siècle. Dans la cour sont conservées une travée du bas-côté sud du chœur gothique, la chapelle Saint-Aubin du 14e siècle et la chambre des comptes du chapitre du 16e siècle. Sur l’actuelle place Saint-Louis, près de la fontaine Saint-Lazare, se trouvait l’antique église Notre-Dame-du-Châtel, ancienne église paroissiale et collégiale, entièrement démolie en 1794.

 

Les bâtiments de l'ancien évêché :
Porche de Saint-Nazaire
Chapelle de la Maîtrise
Palais épiscopal
Tour Saint-Léger

 

Au sud et à l’est de Saint-Nazaire se trouvent les bâtiments du complexe canonial et épiscopal. La maison de l’évêque a été construite dès le 5e siècle sur les remparts et les bâtiments claustraux des chanoines, qui se trouvaient au sud de Saint-Nazaire, remontent au 9e siècle. L’ancien cloître canonial, détruit, a été retrouvé après des fouilles archéologiques réalisées entre 1985 et 1990. On y a trouvé quelques chapiteaux de feuilles, rapprochés à Saint-Pierre-l'Estrier, indiquant l’existence d’un atelier de sculpture du début du 11e siècle. Le mur de la salle capitulaire, à l’est du cloître, a été découvert par les fouilles en 2001. Les bâtiments à l’ouest et au sud de l’ancien cloître existent encore en élévation. A l’ouest on trouve le cellier du chapitre, conservant des murs du 11e siècle et des caves voûtées du 13e siècle, et au sud le réfectoire des chanoines du 13e ou 14e siècle avec des baies géminées gothiques. Sur la Place Sainte-Barbe, au sud, on trouve les vestiges d’un arc de la porte du chapitre du 12e siècle. Elle donnait sur le grand cloître où se trouvaient les maisons canoniales construites aux 12e et 13e siècles pour la vie individuelle des chanoines. A l’est de l’ensemble, le grand palais épiscopal, résidence de l’évêque, a été reconstruit au 18e siècle sur les vestiges d’époques différentes de l’ancien château. La porte d’accès est de 1750. Sa cour intérieure présente une tourelle et des baies de la Renaissance. La tour Saint-Léger de la fin du 12e siècle, ancien donjon du palais épiscopal à cinq étages, intègre des parties du 7e siècle de l’enceinte de l’évêque Léger, des caves voûtées et une terrasse en balcon de 1720. L’enceinte épiscopale, remontant à l’époque mérovingienne, faisait partie des remparts du castrum et présente plusieurs murs et tours d’époques différentes. Une porte fortifiée avec tour carrée, dans l’impasse de l’évêché, en faisait l’entrée primitive. Les vestiges du chemin de ronde et de la Tour du Midi, intégrée dans les bâtiments actuels, sont fort anciens. La Tour du Nord n’existe plus.
Au sud du castrum, dominant l’enceinte gallo-romaine, la Tour des Ursulines de l’ancien Château-fort de Riveau du 12e siècle marquait le pouvoir des ducs dans la ville haute.

 

L'Eve d'Autun
La ville haute et les tours de l'évêché

 

 

Le Musée Rolin

L'Eve d'AutunLa visite de la cathédrale doit être complétée par la visite du Musée Rolin. Le Musée se trouve dans l’Hôtel Rolin du 15e siècle, dans la rue des Bancs, près de l'église Saint-Lazare. Les bâtiments du chancelier du Duc de Bourgogne intègrent la Tour des Bancs, ancienne porte fortifiée de la ville haute du Moyen-âge, la Tour Rolin de la Renaissance et l'Hôtel Lacomme. Le musée conserve de larges collections d’archéologie gallo-romaine, des sculptures romanes provenant de la cathédrale et de la ville, des statues et peintures gothiques et des Beaux-Arts. Le rez-de-chaussée abrite les salles romanes avec les fragments du 12e siècle provenant de la Cathédrale. Le plus célèbre en est la Tentation d’Eve qui provient du linteau du portail latéral du transept. C’est une figure très gracieuse, sculptée vers 1130, probablement par Gislebertus. Cette Eve, allongée, cueillant la pomme, est peut-être la plus belle représentation du corps féminin de l’époque romane. La salle présente d’autres vestiges du tympan latéral, détruit en 1766 : une Assomption de la Vierge, un jeune moine encapuchonné, une guérison miraculeuse et la charité de Saint-Martin. On y trouve également des fragments du grand portail de la cathédrale : des bustes de vieillards de l’Apocalypse avec instruments musicaux provenant de la troisième voussure et le chapiteau du trumeau avec un atlante. On y trouve également de belles sculptures du milieu du 12e siècle provenant des bâtiment des chanoines : le trumeau de saint Pierre en marbre et les deux piliers de la Géométrie et de l’Astronomie. D’autres objets romans proviennent des abbayes médiévales de la ville : la tête du Christ de Saint-Odon en calcaire polychrome de l’abbaye Saint-Martin, un sarcophage de marbre provenant de l’abbaye Saint-Symphorien et l’inscription de Pectorios provenant de Saint-Pierre-l’Estrier. On y rencontre également quelques chapiteaux préromans et romans : des chapiteaux de marbre blanc de l’époque mérovingienne, un chapiteau du 9e ou 10e siècle de l’abbaye Saint-Martin et des lions affrontés du début du 12e siècle provenant de Saint-Jean-le-Grand.

 

Sculptures du Musée Rolin:
Tour des Bancs
Tour Rolin
Tentation d’Eve
Tête d'Eve
Assomption de la Vierge
Vierge et ange
Guérison et charité du portail nord
Jeune moine
Fragment de vieillard
Pilier de la géometrie
La géometrie
Pilier de l'astronomie
Trumeau de saint Pierre
Tête de saint Pierre
Buste
Chapiteau d'atlante
Chapiteau de lions (St-Jean)
Chapiteau mérovingien
Chapiteau mérovingien
Chapiteau (St-Martin)

 

Dans la salle du tombeau de Saint-Lazare on peut admirer les vestiges du grand mausolée de la Cathédrale. Ce chef-d’œuvre de marbre, des années 1160-1170, se trouvait au centre du chœur. Le tombeau était une église miniature avec plan basilical, clocheton et corniches à inscriptions autour du sarcophage central. Le décor sculpté, attribué au moine-sculpteur Martin, représentait la Résurrection de Saint Lazare en marbres polychromes blanc, rouge et noir. Détruit en 1766 par les chanoines pour la construction d’un nouveau décor, de nombreux fragments du tombeau ont été retrouvés en 1939 pendant la restauration du chœur. Au musée, des vitrines présentent de nombreux fragments de marbres, de pilastres décorés, de têtes, de corniches, d’inscriptions, d’arcatures ainsi que des chapiteaux sculptés d’animaux affrontés ou de scènes historiés. Les trois belles statues de saint André, de sainte Marthe et de sainte Marie Madeleine, qui se trouvaient autour du tombeau avec le Christ et saint Pierre, marquent l'extrême fin de la période romane, non sans rappeler les statues de Chartres et l’art roman de la Vallée du Rhône. La tête de la statue de saint Pierre se trouve actuellement au Louvre à Paris. D’autres sculptures du troisième quart du 12e siècle sont à voir au musée : un pilastre du Roi David, un fragment du couvercle de sarcophage, une plaque gravée d’Aaron, une Sainte Femme et un Christ en croix. Enfin, mentionnons la Vierge à l’Enfant romane et un ange sculpté du portail latéral qui sont conservés au Metropolitan Museum of Art, à New York.

 

L'Eve d'Autun
Statues du tombeau de Saint-Lazare

 

Le tombeau de Saint-Lazare :
Saint André
Tête de saint André
Sainte Marie Madeleine
Sainte Marthe
Maquette
Inscription
Fragments
Tête de saint Pierre (Louvre)

 

 

 

A voir aussi à Autun :

 

 

Visite

La cathédrale se visite toute l'année de 9h à 19h et la visite est libre.

Pour les horaires de visite du Musée Rolin il faut se rendre à l'Office de Tourisme.

Remerciements : beaucoup de photos de cette page sont de Thierry Cornier et de Cees van Halderen.

Pour en savoir plus sur Saint-Lazare ou sur Autun, vous pouvez visiter les sites Internet suivants:

Site de la cathédrale : http://cathedrale.autun-art-et-histoire.fr/.
Site de la ville : http://www.ville-autun.fr/ ou http://www.autun.com/.
Site de l'Office de Tourisme : http://www.autun-tourisme.com/.
Site du diocèse : http://www.paroisse-autun.cef.fr/.
Visite de la cathédrale : http://www.medart.pitt.edu/image/France/autun/autun-main.html.
Page romanes.com : http://www.romanes.com/Autun/.
Page art-roman.net : http://www.art-roman.net/autun/autun.htm.
Page terres romanes : http://www.terres-romanes.lu/autun_accueil.htm.
Page architecture religieuse : http://architecture.relig.free.fr/autun.htm.
Page lieux sacrés : http://lieuxsacres.canalblog.com/archives/autun__71_saone_et_loire_/index.html.
Page sacred destinations : http://www.sacred-destinations.com/france/autun-cathedral.
Page emonnier : http://emonnier48.perso.sfr.fr/Bourgogne/saonetloire/autun/cathedraleautun.htm.
Page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Saint-Lazare_d%27Autun.
P
age de photos : https://www.flickr.com/photos/art_roman_p/sets/72157625364183234/.
Photos du Musée Rolin : http://rubens.anu.edu.au/raid1cdroms/france/autun/musee_rolin/.

Aussi, vous pouvez consulter les travaux suivants, dont beaucoup de livres du chanoine Denis Grivot :

- Auberjonois F., Gislebertus Hoc Fecit, Horizon, 1961.
- Baschet R., Autun Ville d'Art, Paris, 1962.La Cathédrale d'Autun
- Berthollet J., Autun, ses monuments historiques, Autun, 1948.
- Berthollet J., L'évéché d'Autun, 1947.
- Bonnerot J., Autun, Paris, 1921.
- Corneille D., Autun, toute une histoire, éditions de l’Armancon.
- Denny D., The Last Judgement Tympanum at Autun: its sources and meaning, Speculum, 1982.
- Fontenay H. De, Autun et ses monuments, Autun, 1889.
- Grivot D. et Zarnecki G., Gislebertus, sculpteur d'Autun, Paris, 1960.
- Grivot D. et Zarnecki G., La Sculpture du XIIe siècle dans la Cathédrale d’Autun, Colmar, 1976.
- Grivot D., L'étrange aventure de la cathédrale d'Autun, Zodiaque, 1951.
- Grivot D., Le diable dans la cathédrale, 1958.
- Grivot D., Maître Gislebertus d'Autun.
- Grivot D., Autun, Guide de la cathédrale, Zodiaque.
- Grivot D., La Cathédrale d'Autun, 1999.
- Grivot D., Bestiaire d'Autun, Lyon, 1973.
- Grivot D., Le Tympan de la Cathédrale d'Autun, Lyon, 1950.
- Grivot D., Autun, histoire de la ville, 1967.
- Grivot D., Le Monde d'Autun, Zodiaque, 1961.
- Hardy F., La cathédrale d'Autun.
- Jalabert D., L’Eve de la cathédrale d’Autun, sa place dans l’histoire de la sculpture romane, Gazette des Beaux-ALa Cathédrale d'Autunrts, 1949.
- Madignier J., Le chapitre cathédral d’Autun du XIe au XIVe siècle, Auxerre, 2007.
- Magnien E., Les eglises romanes de la Bourgogne du Sud, Mâcon, 1979.
- Mariaux P., Quelques hypothèses à propos de l’artiste roman, Médiévales, 2003.
- Maurice-Chabard B., Révélation, le grand portail d’Autun, Autun, 2011.
- Oursel R. et A.-M., Les Eglises Romanes de l’Autunois et du Brionnais, Cluny et sa région, Mâcon, 1956.
- Sapin C., Arnaud C. et Berry W., Bourgogne Romane, Dijon, 2006.
- Sapin C., Berry W., Maitre C., Maurice-Chabard B. et Balcon S., Autun : prémices et floraison de l'art roman.
- Sapin C. et Berry W., Naissance d’un îlot urbain, les abords de la cathédrale Saint-Lazare d’Autun du IXe au XVIIIe siècle, Auxerre, 1999.
- Sapin C., Autun, archéologie d’un quartier épiscopal et canonial, Archéologia, 1987.
- Sauerländer W., Uber die Komposition des Weltgerichts-Tympanon in Autun, Zeitschrift für Kunstgeschichte 29, 1966.
- Seidel L., Legends in Limestone: Lazarus, Gislebertus and the Cathedral of Autun, Chicago, 1999.
- Terret V., La sculpture Bourguignonne aux XIIe et XIIIe siècles, ses origines et ses sources d’inspiration: Autun, Paris, 1914.
- Terret V., La Cathédrale Saint-Lazare d’Autun, Étude historique et archéologique, 1919.
- Thévenot E., Autun, cité romaine et chrétienne : histoire, monuments, sites, Autun, 1932.
- Thomas E., Histoire de l'antique cité d'Autun, Paris, 1846.
- Werckmeister O., The lintel fragment representing Eve from S. Lazare, Autun, Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, 1972.
- Wildgen K., Saint Judas, Apostle and Martyr: Passion Theology, Politics and the Artistic Persona in a French Romanesque Capital, Peter Lang, 2000.

 


 

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