Le site sur l'Art Roman en Bourgogne
menu
-
-
-
-

La Charité-sur-Loire

 

Edifice
Basilique Notre-Dame-et-Sainte-Croix, ancienne abbatiale
Situation
Centre ville, 58400 (Nièvre)
Parties Romanes
Chœur, transept, clochers et vestiges de la nef
Décoration Deux tympans, centaines de chapiteaux, bas-reliefs, arcatures, statues, modillons
Datation
Deuxième moitié du 11e (parties du transept et vestiges de la nef) et première moitié du 12e siècle (chœur et clochers)

 

 

Introduction - Historique - Description - Visite

 

Introduction

Vue générale de l'abbatialeAssise au bord de la Loire, la petite ville de La Charité s’est développée autour de son abbaye imposante : fille aînée de Cluny, haut-lieu du chemin de Compostelle, chef-d’œuvre de l'art roman et patrimoine mondial. L’église abbatiale Notre-Dame reste aujourd’hui, malgré ses destructions et mutilations, l’une des plus importantes églises romanes de France et haut-lieu de l’art roman en Nivernais. Un monastère appelé Seyr est construit à cet endroit vers l’an 700 et détruit pendant les invasions du 8e siècle. Laissé à l’abandon, c’est seulement au milieu du 11e siècle que le monastère trouve sa prospérité. Un important prieuré clunisien est doté pendant le 11e et le 12e siècles d’une église abbatiale d’une rare splendeur. Elle était la plus grande église de France après Cluny III : l’ensemble merveilleusement décoré se composait d’une façade à cinq portails sous deux tours, d’une nef de dix travées à doubles bas-côtés, d’un large transept à chapelles orientées et d’un grand chœur à déambulatoire et chapelles rayonnantes. L’ensemble a été commencé vers le milieu du 11e siècle et n’a été seulement achevé qu’au milieu du siècle suivant. La ville devient rapidement une halte importante sur la route de Saint-Jacques de Compostelle et, grâce à l’hospitalité pour les pèlerins, elle obtient le nom de La Charité. A son apogée, le monastère régnait sur 400 dépendances dans tout le monde chrétien. Son église sera gravement endommagée par plusieurs incendies, surtout en 1559, quand la ville fut dévastée. Maintenant, la grande église romane ne subsiste qu’en partie. La nef énorme n’existe plus, mais les parties subsistantes de l’abbatiale suffisent à enchanter le visiteur. C’est d’abord un clocher somptueux, remontant au 12e siècle, le seul qui reste des deux clochers de la façade romane : la tour Sainte-Croix, magnifiquement décorée dans ses étages supérieurs. De la façade subsistent également deux portails romans, l’un encore en place et l’autre remonté dans l’église. Les tympans sont ornés d’importantes scènes historiées de la Transfiguration et de la Vierge, du deuxième quart du 12e siècle, ressemblant stylistiquement au portail royal de Chartres. Au pied du clocher se trouve la place Sainte-Croix, sur l’emplacement des six premières travées de la nef romane, où on peut reconnaître les vestiges de la fin du 11e siècle. La nef actuelle, plus petite, a été reconstruite au 17e siècle. Heureusement, le transept et le chœur de l’abbatiale romane sont entièrement conservés. C’est un ensemble magnifique, construit sur trois étages, témoignant de l’art roman clunisien dans toute sa splendeur. On y voit les témoins de deux campagnes de construction d’époques différentes : la première, du 11e siècle, se composant d’un transept à deux étages et d’un chœur avec une abside centrale entourée de six absidioles échelonnées sur le plan de Cluny II. Au 12e siècle, une grande campagne de reconstruction est effectuée sous l’influence de Cluny III : les trois absides centrales laissent place à un grand chœur de trois étages avec déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes, le transept du 11e siècle est rehaussé d’un étage et voûté, comme le chœur, en berceau brisé. La croisée du transept, voûtée d’une belle coupole, est suLa villermontée d’un clocher d’un seul étage octogonal, la Tour Bertrange. L’église est magnifiquement décorée par des arcatures quintilobées à pilastres décorés, caractère très propre à cet édifice, que l’on retrouve sur les clochers, le triforium du chœur et à l’extérieur sur l’étage supérieur. La sculpture de l’abbatiale est la gloire de La Charité : aucune église romane n’est aussi richement ornée sur toute sa hauteur, à l’intérieur comme à l’extérieur. On y trouve des bas-reliefs sculptés d’animaux et de personnages, des modillons ornés de têtes et d’animaux au chevet, des pilastres richement ornés, et plusieurs centaines de chapiteaux partout dans le transept et le chœur. Ceux des colonnes du rond-point, au bestiaire fantastique et décor végétal d’une riche variété, sont particulièrement intéressants. L’église est entourée des anciens bâtiments du prieuré, reconstruits du 13e au 18e siècle, qui se regroupent autour du cloître classique et de deux cours. Derrière l’église se trouve le jardin des bénédictins, d’où on a une vue splendide sur le chevet roman de l’abbatiale. Des fouilles récentes ont fait dégager les vestiges de l’ancienne église Saint-Laurent du 11e siècle, édifice à trois absides faisant partie du monastère. Une visite du Musée municipal, conservant des vestiges de l’abbaye, complète la visite très intéressante d’un site majeur de l’art roman. Dans les environs, visitez encore l'église de Champvoux ou les églises romanes du Nivernais.

 

Photo de Julianna Lees
Intérieur du chœur

 

Historique

L’histoire de la ville commence au début du 8e siècle avec la fondation d’un petit monastère sur le site alors appelé Seyr. Le monastère, sous la règle de Saint-Basile, se dotait d’une première église dédiée à la Vierge. Le couvent fut détruit vers 743 par une invasion des Sarrasins. Par intervention du Roi Pépin le Bref, le monastère fut donné aux bénédictins en 756, adoptant la constitution de Saint-Colomban. En 771, le monastère fut détruit par une autre invasion des barbares et le site fut abandonné.
C’est au milieu du 11e siècle, époque de grandes reformes religieuses du pays, que le monastère trouve son essor. En 1052, Hugues de Cluny envoie le moine Gérard sur les terres de Guillaume II, comte de Nevers, et de Bernard de Chaillant, seigneur de La Marche. La donation de terres à Cluny fut accordée par Geoffroy de Champallement, évêque d’Auxerre, et la charte de fondation du prieuré clunisien fut établie en 1059. Gérard devint le premier prieur du site qui adopta alors le nom De Caritate d’après l’hospitalité des moines. Un important site monastique s’élève alors et il devint fille aînée de Cluny, avec de nombreux bâtiments, deux églises et plusieurs cloîtres. Le prieuré reçoit les reliques de Saint-Jovinien d’Auxerre en 1071 et la ville s’entoure de remparts dès 1081. Une grande église abbatiale, dont la construction avait été commencée dès 1060, fut consacrée en 1107 par le pape Pascal II. L’église n’était pas encore achevée, la construction se poursuivait pendant la première moitié du 12e siècle et la construction initiale fut agrandie à plusieurs reprises. L’église fut consacrée à nouveau en 1135. Avec ses 120 mètres de longueur, c’était la plus grande église existante après Cluny III, avec deux clochers de façade, cinq nefs, un large transept et un chœur avec déambulatoire et chapelles. Une ville commerciale s’élevait alors autour du prieuré et les remparts de la ville furent renforcés en 1164 par le prieur Rodolphe de Sully.
Le déclin du monastère commence au début du 13e siècle avec les difficultés financières, les conflits politiques et les incendies. Deux incendies, en 1204 et 1216, causenLa ville au 18e sièclet des destructions de l’église, et peut-être déjà la chute du clocher sud de la façade. Une église paroissiale dédiée à Sainte-Croix fut établie dans le bas-côté nord de l’église prieurale. La Charité passe sous la garde du comte de Nevers depuis 1213. Du 14e au 16e siècle, les guerres terrorisent le pays, et, en 1429, la ville résiste au siège de Jeanne d’Arc. En 1505, la foudre entame probablement la chute du clocher sud de la façade et de la flèche du clocher nord. Le prieur Jean de la Magdeleine de Ragny refait la façade de l’église et plusieurs bâtiments du prieuré. Un grand incendie le 31 juillet 1559 évoque des destructions énormes. Le feu ravage la ville pendant trois jours et la nef, les toitures du chœur, les bâtiments du prieuré, l’église Saint-Laurent et des centaines de maisons de la ville furent détruits. La restauration de l’église fut problématique, seule l’église paroissiale Sainte-Croix fut élargie d’un bas-côté. Ce n’est qu’à la fin du 17e siècle que le prieur Jacques-Nicolas Colbert reconstruit quatre travées de la nef. Les dernières constructions du prieuré sont conduites par le Cardinal de Bernis à la fin du 18e siècle.
La Révolution marque la fin du monastère. Les bâtiments du prieuré furent vendus en 1793 et utilisés comme faïencerie, fabrique de chaussures et négoce de vin par des commerçants. L’ancien prieuré est lentement absorbé par la ville. L’église devint paroissiale. Un tympan de portail fut détruit en 1820 par un démolisseur. Prosper Mérimée visite le site en 1834 et sauve les vestiges de la nef d’une destruction projetée par la route royale de Paris à Nevers. Il fait classer l’église comme Monument Historique en 1840. Vers 1950, l’intérieur de l’église fut désenduit et en 1954 des sondages dans la nef retrouvent son plan ancien. Des restaurations sous l’architecte Jean-Pierre Duthoit commencent en 1975. Des fouilles sur le site du monastère, de 1975 à 1982 et de 1988 à 1995, retrouvent les fondations de l’église Saint-Laurent, les locaux conventuels du prieuré bénédictin et le cimetière des Moines. En 1998, le monastère est classé patrimoine mondial par l’UNESCO comme site majeur situé sur les chemins de Compostelle. L’ensemble des bâtiments du prieuré, rachetés par la ville depuis de nombreuses années, est inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques en 2000. Un grand projet de restauration de l’ensemble du prieuré a commencé en 2001 : jardin des bénédictins et vestiges de Saint-Laurent (2001-2004) ; façade orientale (2003-2004) ; salles gothiques (2005-2008) ; cloitre (2007-2011) et salles du 18e siècle (2007-2008). Enfin, La Charité a été nommée Ville d’Art et d’Histoire en 2011.

 

Photo de S. van Boxtel
Maquette de l'église avant les destructions

 

Description

Le site monastique de La Charité présente un ensemble de constructions de plusieurs périodes, du milieu du 11e siècle à la fin du 18e siècle. La grande église prieurale, conservée seulement en partie après la destruction de sa nef, fut élevée en trois phases romanes, pendant la deuxième moitié du 11e siècle et la première moitié du 12e siècle. La partie la plus ancienne, construite vers 1060-1080 en moyen appareil, était une basilique vénérable dont le plan s’inspirait encore sur Cluny II. Elle se composait d’un chœur bénédictin avec abside flanquée de six absidioles échelonnées, un transept saillant à deux étages, probablement voûté en berceau, et une partie de nef de deux travées avec doubles bas-côtés. De cette première phase de construction sont conservés les deux étages du transept et quatre chapelles. La deuxième phase, de la fin du 11e siècle au début du 12e siècle, marque la complétion de la nef par six nouvelles travées. L’architecture s’inspire désormais de Cluny III avec trois étages, arcs brisés, triforium, fenêtres hautes, berceau brisé et doubles bas-côtés au voûtement composite. La nef a été en grande partie détruite par l’incendie de 1559. Il n’en reste que des vestiges, à l’intérieur des quatre travées de la nef reconstruite en 1695, comme à l’extérieur sur l’actuelle Place Sainte-Croix. La dernière phase, dans le style roman en plein épanouissement de la première moitié du 12e siècle, marque les agrandissements de la basilique aux extrémités est et ouest. Vers 1115-1135, un nouveau chœur de trois étages avec déambulatoire et cinq chapelles rayonnantes remplace les trois absides principales du chœur du 11e siècle, et le transept fut rehaussé d’un troisième étage et couronné d’un clocher de croisée. Cet ensemble est encore bien conservé et présente un décor roman très élaboré. Au deuxième quart du 12e siècle, deux travées occidentales formant narthex furent ajoutées, avec deux hauts clochers de façade. Il n’en reste aujourd’hui que le clocher nord et deux portails. Le plan actuel de l’édifice présente alors un ensemble composite : un clocher occidental du 12e siècle séparé de l’église, une nef courte du 17e siècle, un large transept des 11e et 12e siècles, et un chœur profond du 12e siècle. Le portail occidental et la chapelle axiale sont gothiques (14e et 16e siècles). Le cloître et les bâtiments du prieuré, flanquant l’église au nord, ont été en majeure partie refaits du 13e au 18e siècle, mais les vestiges de l’église Saint-Laurent sont encore du 11e siècle. Je vous propose ici la visite du site commençant par l’extérieur et les portails, puis l’intérieur et son décor sculpté et enfin les bâtiments du prieuré.

 

Plan de l'église

 

Visite extérieure

La façade est dominée par l’imposante Tour Sainte-Croix. Ce magnifique clocher roman du deuxième quart du 12e siècle est la seule partie conservée de la façade romane qui comportait deux tours et cinq portails. La partie supérieure du clocher présente un décor roman abondant. Deux étages de triples baies géminées trilobées, avec des archivoltes à perles et des chapiteaux, surmontent un étage de médaillons et bas-reliefs alternés sculptés d’animaux et de fleurs, et un étage d’arcatures quintilobées avec colonnes et pilastres décorés sous une corniche de modillons sculptés. Une flèche en ardoise remplace une pyramide octogonale en pierre avec quatre clochetons, détruite par le foudre en 1505. La façade ouest du clocher présente deux portails romans sous une frise de rosaces et sous des baies murées. Un grand portail gothique du début du 16e siècle s’ouvre au centre de la façade. Son arc au décor mutilé cache encore des fragments du portail roman principal qui était décoré de scènes du Nouveau Testament. Un petit portail gothique se trouve au sud de la façade.

 

La Tour Sainte-Croix :
 
Clocher
Beffroi
Etages
 
 
Baies
Arcatures
Reliefs
 

 

Les deux portails de la Tour Sainte-Croix sont flanqués de voussures décorées de perles et de grecques, de quatre colonnettes et de chapiteaux, tailloirs et corbeaux aux feuillages de style corinthien. Leurs tympans sculptés vers 1135 ont heureusement été conservés, l’un dans la façade, et l’autre à l’intérieur de l’église. La sculpture romane est d’un style remarquable et très élégant, rapproché des portails de Chartres, et évoquant la liturgie clunisienne de cette époque. Le Tympan de la Vierge se trouve encore en place au nord de la façade du clocher. Mutilé, il a été dégagé en 1923 par la démolition d’une maison qui masquait la façade. Le tympan montre une scène rare de la réception de la Vierge au ciel par le Christ, symbole de l’Ascension et de la Glorification de la Vierge. Le Christ en gloire, dans la mandorle, est tourné vers la Vierge auréolée à droite. Deux moines flanquent la Vierge et deux anges se trouvent de l’autre côté de la scène. La présence supposée du prieur Gérard sur le tympan évoque des liens entre le thème sculpté et la dédicace du prieuré. Sur le linteau, très comparable à un linteau de Chartres, on admire des scènes de la Vie de la Vierge : l’Annonciation, la Visitation, la Nativité (avec une rare Vierge couchée) et l’Annonce aux Bergers. Une frise avec décoration de grecque ou méandre obliqué souligne le linteau.

 

Photo de Julianna Lees
Tympan de la Vierge à l'extérieur du clocher

 

 
Portails
Christ en gloire
Annonciation
 
 
Visitation
Nativité
Annonce aux Bergers
 

 

Le Tympan de la Transfiguration, provenant du deuxième portail de la tour, a été remonté dans le croisillon sud de l’église en 1835 par Prosper Mérimée. La belle composition, autrefois polychrome, est attribuée à deux sculpteurs. Le tympan montre la scène de la Transfiguration avec le Christ en Gloire dans la mandorle, portant un livre dans sa main gauche et élevant la main droite, entre Moise et Elie qui portent des phylactères. Les apôtres Pierre, Jacques et Jean flanquent la scène, dont le thème rappelle l’introduction de la Transfiguration dans la liturgie de Cluny par l’abbé Pierre le Vénérable. Sur le linteau on trouve deux scènes classiques : l’Adoration des Mages et la Présentation de Jésus au Temple. A gauche, les Rois Mages bougent vers la Vierge sur son trône, portant Jésus dont la tête a disparue. A droite, le vieillard Siméon reçoit le Christ de la Vierge nimbée, entre la prophétesse Anne et Joseph offrant deux colombes. Comme l’autre portail, une frise avec décoration de grecque souligne le linteau.

 

Tympan à l'intérieur : la Transfiguration

 

Tympan
Christ en gloire
Mandorle
Prophète
Adoration des Mages
Rois
Vierge
Présentation de Jésus au Temple

 

La Place Sainte-Croix, entre la tour de façade et la nef actuelle, occupe l’emplacement des six premières travées de la nef détruite. Des maisons privées du 19e siècle occupent les vestiges du collatéral nord. On ne peut pas visiter leurs structures intérieures, mais sur les façades on découvre encore des vestiges romans qui montrent l’élévation de l’ancienne nef. Les travées 1 et 2, sous la tour, appartiennent au narthex du 12e siècle. L’élévation comporte de grandes arcades brisées, un faux-triforium avec huit arcatures, et, sur la tour, un étage avec trois arcatures sur pilastres et une colonne engagée avec les vestiges d’un arc. Les arcatures quintilobées du triforium, décor caractéristique de La Charité, montrent des pilastres aux motifs géométriques et des chapiteaux sculptés de feuilles et de d’oiseaux. La travée sous la tour, datant de la construction gothique de l’église paroissiale Sainte-Croix dans le collatéral, possède deux voûtes d’ogives et une grande arcade. Les travées 3 et 4 n’ont plus de caractère, mais les travées 5 et 6 conservent une partie de l’élévation de la nef de la fin du 11e siècle. Les grandes arcades brisées, murées, sont surmontées d’une corniche de modillons avec têtes sculptées et d’un triforium de trois arcatures aveugles décorées de palmettes et de crossettes. La façade actuelle donnant sur la nef du 17e siècle est de style néoclassique.

 

La Place Sainte-Croix et les vestiges de la nef :
 
Façade et portail
Travées 1 et 2
Triforium
 
 
Travées 5 et 6
Triforium
Façade actuelle
 

 

Chevet de l'église

 

Contournant l’édifice, le jardin des bénédictins donne une vue magnifique sur le chevet de la basilique. La masse du chœur et des parties hautes du transept, décorées d’arcatures et de sculptures, est l’œuvre le l’agrandissement de l’église au 12e siècle. Le décor sculpté de cette partie de l’église est particulièrement abondant. Des fenêtres hautes décorées de billettes continuent du transept jusqu’à l’abside. Au-dessus, des galeries d’arcatures quintilobées sur colonnettes ou pilastres décorent les parois, avec des séries de statues de personnages dans les premières travées du chœur. Les chapelles du déambulatoire sont rythmées de colonnes engagées à chapiteaux sculptés de lions, d’un aigle ou de têtes de monstres. Des modillons sous les corniches sont sculptés de têtes et d’animaux. La croisée est surmontée par la belle Tour de la Bertrange également du 12e siècle. Sa souche carrée porte des médaillons sculptés de figures et des modillons sculptés de têtes. Un étage octogonal présente des séries de baies géminées quintilobées flanquées de pilastres supportant une corniche à modillons. Des statuettes, 32 au total, occupent les baies sans ouverture, qui sont décorées de colonnes, de pilastres, de chapiteaux et d’archivoltes. Les pignons du transept présentent deux étages de grandes baies.

 

Le chevet et son décor :
Ensemble
Chevet
Abside
Transept
Absidiole
Tour
Statues
Médaillons
Abside
Arcatures
Statues
Statues
Statues
Absidiole
Modillons
Chapiteau

 

Modillons et chapiteau

 

 

Visite intérieure

Visitons ensuite l’intérieur de l’église. La nef reconstruite en 1695 présente une entrée peut-être décevante pour cette somptueuse basilique. Elle se compose de quatre travées voûtées d’arêtes, flanquées de deux bas-côtés uniques, couverts d’un plafond au nord et d’une voûté d’arête au sud. Cette courte nef marque l’emplacement des travées 7 à 10 de la nef romane, dont plusieurs vestiges sont encore à remarquer. Les grandes arcades à double rouleau, en arc brisé dans les travées 7 et 8 et en plein cintre dans les travées 9 et 10, montrent l’évolution du style entre les deux premières phases de la construction de l’église au 11e siècle. Les piliers cruciformes conservent encore deux colonnes engagées. Dans la nef centrale, on peut découvrir quelques vestiges des arcatures du triforium roman sous les grandes fenêtres hautes tardives. Dans les bas-côtés, les murs gouttereaux conservent leurs baies à colonnettes et chapiteaux feuillagés. Les doubles passages berrichons en plein cintre, entre les bas-côtés et le transept, montrent la structure ancienne avec doubles bas-côtés. Au sud, on trouve des fouilles de piliers d’origine avec des bases de colonnes, montrant que le sol de la nef a été rehaussé. Au nord, un petit portail est flanqué de deux colonnes en réemploi.

 

Intérieur de la nef :
 
Nef centrale
Bas-côté nord
Bas-côté sud
 

 

Photo de Thierry Cornier
Transept et coupole

 

Le grand transept de la basilique, entièrement roman, est le produit de deux phases de construction. Les deux premiers étages des croisillons et les chapelles orientées appartiennent à la première église du troisième quart du 11e siècle, tandis que le troisième étage et les voûtes sont du 12e siècle. La croisée est voûtée d’une coupole dont les trompes présentent des sculptures de têtes. Quatre arcs brisés à double rouleau surmontent les piliers, repris à l’est. Les croisillons à trois travées sont voûtés en berceau brisé sur doubleaux. Des piliers carrés et de grandes arcades avec impostes marquent le premier niveau. Au deuxième niveau, des arcades sur colonnes engagées entourent des baies (murées au 12e siècle) avec colonnettes et chapiteaux. Le troisième étage, en grand appareil, présente de multiples fenêtres hautes avec colonnettes entre des pilastres soutenant les voûtes. Les pignons nord et sud présentent également trois étages avec des arcades géminées murées, des arcatures sur colonnes engagées, et un triplet de baies avec colonnettes et chapiteaux. Quatre chapelles orientées sont conservées sur les six chapelles du chœur bénédictin du 11e siècle. Leurs absides en cul-de-four ont deux baies et trois arcatures sur colonnettes. Les chapelles jouxtant le chœur sont plus profondes, avec deux travées sous berceaux, des arcatures murales avec fresques au sud, et des grandes arcades s’ouvrant vers le déambulatoire.

 

Intérieur du transept :
Transept
Croisillon
Coupole
Elévation
Etage 2
Etage 3
Chapelle
Chapelle

 

Le chœur de l’église est attribué à la période 1115-1135. Il se compose de trois travées droites et d’une abside avec déambulatoire et chapelles. Les travées, voûtées en berceau brisé sur doubleaux, s’élèvent sur trois étages : grandes arcades brisées sur piliers carrés, triforium avec arcatures quintilobées sur pilastres décorés, et de multiples fenêtres hautes avec colonnettes. Les bas-côtés voûtés en demi-berceaux conservent encore les arcatures murales des absidioles du chœur 11e du siècle. L’abside en cul-de-four reprend l’élévation tripartite : neuf arcades brisées surmontant les colonnes du rond-point, un triforium d’arcatures quintilobées avec pilastres décorés et neuf fenêtres hautes avec colonnettes. Le déambulatoire autour de l’abside est voûté par neuf compartiments d’arêtes sur doubleaux brisés. Les murs présentent des baies avec pilastres décorés et des colonnes avec pilastres cannelés supportant les voûtes. Quatre chapelles rayonnantes s’ouvrent sur le déambulatoire. Leur plan comporte une petite travée voûtée d’arête sur deux arcs brisés et une abside en cul-de-four, le tout décoré de cinq baies à colonnettes. La chapelle axiale, dite Chapelle du Saint-Sacrement ou Chapelle verte, a été reconstruite au 14e et 16e siècle. Elle possède trois travées sous voûtés d’ogives et des chapelles latérales formant un plan en croix. Remarquons enfin, dans le chœur, les stalles de 1579, l’autel du 17e siècle et les vitraux modernes des années 1950.

 

Intérieur du chœur :
Chœur
Abside
Travées
Elévation
Triforium
Déambulatoire
Chapelle rayonnante
Chapelle axiale

 

Colonnes et sculptures de l'abside

 

Chapiteau à oiseauxLe décor sculpté de l’intérieur est très abondant. Les thèmes des chapiteaux et reliefs, sans grande prétention, traitent surtout des animaux affrontés, des personnages et des décors végétaux. Le répertoire est varié et présent partout : galons, chevrons, billettes, palmettes, besants, rubans, lions, dragons, serpents, centaures, têtes humaines. Les huit chapiteaux du rond-point de l’abside sont particulièrement intéressants. Sculptés en ronde-bosse, leur style n’est pas sans rappeler les chapiteaux du déambulatoire de Saint-Révérien. Du nord au sud, on y admire : des tortues, des lions affrontés avec des têtes humaines, des entrelacs, des oiseaux monstrueux affrontés dévorant des animaux, des feuillages corinthiens, des aigles, des plantes et des serpents. Remarquons également les huit bas-reliefs surmontant les arcades du rond-point. Il s’agit possiblement de réemplois de provenance incertaine. On y remarque des sculptures d’un bestiaire fantastique, de gauche à droite : une chimère, un dragon à queue de serpent, un mammifère à deux têtes, un dromadaire, l’Agneau Pascal, un oiseau à queue de serpent, un oiseau échassier picorant le sol et un éléphant.

 

Les chapiteaux du rond-point :
Tortues
Lions affrontés
Entrelacs
Oiseaux affrontés
Feuillages
Aigles
Plantes
Serpents

 

Les autres chapiteaux, très nombreux, peuvent être classés en quelques groupes. Les plus anciens, du troisième quart du 11e siècle, se trouvent dans le transept et les chapelles orientées. On y trouve des lions et des feuillages simples. Ils possèdent des tailloirs décorés et quelques chapiteaux gardent des traces de polychromie. Les chapiteaux de la croisée, des parties hautes du transept, des piliers du chœur, du déambulatoire et du triforium sont d’un style plus tardif du 12e siècle. Dans le chœur et le déambulatoire, on trouve plusieurs chapiteaux aux colombes buvant au même calice et plusieurs aux lions affrontés, des entrelacs, des monstres, des animaux affrontés, un Daniel aux lions (pilier sud), des oiseaux, des personnages à serpents et des têtes entre les feuillages. Sur le triforium, de nombreux chapiteaux de pilastres, dont une sirène, des personnages et des animaux. Dans la coupole et les parties hautes du transept : Samson terrassant le Lion, des aigles déchiquetant un serpent, des personnages affrontés, des démons accroupis aux angles et des feuilles enroulées. Les chapiteaux de la nef, aux bases attiques et feuilles lisses ou feuilles d’acanthes, ont été en grande partie perdus.

 

Chapiteaux et sculptures de l'intérieur :
Daniel et lions
Colombes
Entrelacs
Personnages
Personnages et entrelacs
Lions affrontés
Lion
Sirène du triforium
Chapiteaux de la coupole
Tête de la coupole
Bas relief : éléphant
Bas relief : monstre

 

 

Les bâtiments du prieuré

Les bâtiments du prieuré entourent trois larges cours au nord de l’église : le cloître flanquant l’église, la cour du prieuré (ou cour des communs) au nord du cloître et la cour du château (ou basse-cour) à l’ouest. L’ensemble des bâtiments, commencé et déjà très considérable au 11e siècle, a été incendié et reconstruit à plusieurs reprises. Plusieurs constructions ont disparu, comme les cloîtres du prieur et des novices, l’hôtellerie des visiteurs dans la cour du château et l’enceinte du monastère. Le style dominant aujourd’hui est celui des 17e et 18e siècles, intégrant des parties gothiques du 13e au 16e siècle. Il ne reste presque rien de l’époque romane, à l’exception peut-être d’un collecteur d’égout appartenant à un système hydraulique et des parties des murs extérieurs de la salle capitulaire. Une grande campagne de restauration durant les années 2000 a fait sortir le prieuré de l’oubli.

 

Cloître du prieuré

 

Le cloître, qui avait été reconstruit déjà aux 13e et 16e siècles, ne conserve que les ailes nord et est, qui sont des 17e et 18e siècles. La salle capitulaire, dans le bâtiment à l’est du cloître, est du 13e siècle. Ses travées, compartimentées au 17e siècle, sont voûtées d’ogives retombant sur des piliers. Dans le même bâtiment, d’autres salles gothiques abritaient le parloir et le chauffoir. Les salles, dont les vitraux modernes datent de 2012, accueillent des expositions et des manifestations. Le bâtiment au nord du cloître, reconstruit par le Cardinal de Bernis, abrite les salles du 18e siècle : le réfectoire des moines, les cuisines, la salle de compagnie, le salon du prieur et les dortoirs à l’étage. Le bâtiment sert d’accueil et de lieu d’expositions. Dans la cour du prieuré, reconstruit à la fin du 17e siècle, on trouve les écuries, les granges, les ateliers et les dortoirs. A l’ouest de la cour, le cellier des moines est un bâtiment imposant des 13e et 16e siècles, avec des caves voûtées en arcs brisés, un corps de logis de plusieurs niveaux, des fresques et un grand pignon à crochets. Visitons ensuite la cour du château. On y trouve le logis du prieur (dit le château), construit au début du 16e siècle par le prieur de la Madeleine de Ragny, bâtiment de la Renaissance avec tourelle à escalier. Le pressoir commun est de la même époque et la maison néogothique fut construite en 1912 à l’emplacement de l’ancienne entrée conventuelle du 17e siècle. La porterie au sud de la cour fut également construite au début du 16e siècle par le prieur de la Madeleine de Ragny. La porte est voûtée d’ogives et le bâtiment abrite actuellement une auberge. Au sud de l’église, on trouve encore la passage de la Magdeleine, une galerie voûtée d’ogives de la même époque, reliant le prieuré à la grande rue de la ville. Derrière le chevet de l’église se trouvent les jardins des bénédictins, aménagés en 2004, à l’emplacement du cimetière des moines.

 

Bâtiments du prieuré :
Galerie du cloître
Cour du château
Porterie
Passage Magdeleine

 

Les vestiges de l’ancienne église Saint-Laurent, dans le jardin des bénédictins, ont été découverts en 1975. Comme à Cluny ou à Charlieu, c’était l’église secondaire du monastère qui communiquait avec la salle capitulaire. Remontant au milieu du 11e siècle et faisant alors partie du premier monastère, c’était un édifice monastique voué à la liturgie des défunts. L’église était dédiée à saint Laurent et à tous les saints et se trouvait sur le cimetière des moines. Détruite par l’incendie de 1559, elle a été démolie au 17e siècle. Les fondations de l’église ont été fouillées et recherchées de 1975 à 1995. De la large nef unique on peut reconnaitre les bases des murs et de deux portails latéraux. Le transept avait probablement des passages berrichons. Les vestiges du chevet, sous un auvent, se composent des bases de trois absides avec des bases de colonnes décorées et des vestiges de baies, de fresques et de contreforts. Attenant à l’église, il y avait une chapelle funéraire et des bâtiments de service à l’est et une galerie monumentale du 13e siècle au sud de la nef.

 

Ancienne église Saint-Laurent :
 
Ensemble
Abside
Absidiole
 

La ville offre encore d’autres curiosités à visiter. Le Musée municipal, qui se déplace de l’Hôtel Adam aux salles du prieuré, a été créé en 1954. Les collections abritent les mobiliers des fouilles archéologiques du cimetière des moines et de l’église Saint-Laurent. Un chapiteau provenant de Saint-Laurent, de la fin du 11e siècle, est sculpté de serpents entrelacés. Il y a également des éléments d’architecture et des carreaux de pavage gothiques.
Des maisons anciennes sont à voir dans les quartiers au sud de l’abbaye, ainsi que le grenier à sel qui existait déjà au 12e siècle. Les remparts, construits aux 11e et 12e siècles et renforcés aux 14e et 16e siècles, sont partiellement conservés : le donjon, le chemin de ronde et plusieurs tours rondes du flanc nord donnent une belle vue sur la ville. Le pont de pierre sur la Loire date de 1520 et remplaçait un pont en bois plus ancien.

 

Visite

L'église et le prieuré se visitent tous les jours.

Pour en savoir plus sur La Charité, vous pouvez visiter les sites Internet suivants :

Site de la ville : http://www.lacharitesurloire.fr/.
Site de l'Office de Tourisme : http://www.lacharitesurloire-tourisme.com/.
Site personnel : http://marianne.pagesperso-orange.fr/histoire.htm.
Site de la paroisse : http://paroissecharite.free.fr/index.html.
Page art-roman.net : http://www.art-roman.net/charite/charite.htm.
Page architecture religieuse : http://architecture.relig.free.fr/charite.htm.
Page romanes.com : http://www.romanes.com/Charite-sur-Loire/.
Page sites clunisiens : http://www.sitesclunisiens.org/article.php?sid=141.
Page photos flickr : http://www.flickr.com/photos/art_roman_p/sets/72157625226286583/.
Page wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Prieur%C3%A9_Notre-Dame_de_La_Charit%C3%A9-sur-Loire.
Page avec description et photos : http://medieval.mrugala.net/Architecture/France,_Nievre,_La_Charite_sur_Loire,_Eglise_Notre-Dame/index.php?page=1.
Articles C.E.M. : http://cem.revues.org/800 et http://cem.revues.org/11369.

Remerciements : les photos de la page sont de Cees van Halderen, Julianna Lees et Thierry Cornier.

Vous pouvez également consulter les références suivantes :

- Anfray M., L'architecture religieuse du Nivernais au Moyen Age: les églises romanes, Paris, 1951.
- Arnaud C. et Garniche M.-J., Le prieuré de la Charité-sur-Loire, Etat de la question, XIe-XIXe siècles, Bulletin de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, 1995.
- Arnaud C., Le monastère de La Charité-sur-Loire (Nièvre), Dossiers d'Archéologie, 2002.
- Aveline C., Petite histoire de La Charité, La Charité, 1924.
- Aveline C., Le roman d’une ville de France : La Charité-sur-Loire, La Charité, 1934.
- Beaussart P., L'église bénédictine de La Charité-sur-Loire "Fille ainée de Cluny", Etude archéologique, la Charité-sur-Loire, 1929.
- Dupont J., Nivernais-Bourbonnais Roman, Zodiaque, 1976.
- Guillon J.-P., La Charité-sur-Loire, cité monastique et place forte.
- Henri D., Deux prieurés en Nivernais aux XVe et XVIe siècles : la Charité-sur-Loire et Saint-Étienne de Nevers, 1995.
- Hisquin S., La façade de l’église Notre-Dame de La Charité-sur-Loire : Recherches sur le portail sculpté de la Vierge, Bulletin du C.E.M., Auxerre, 2005.
- Leboeuf L., La Charité, 1897.
- Lespinasse R. De, Cartulaire du prieuré de La Charité-sur-Loire (Nièvre), Publication de la Société nivernaise des lettres, sciences et arts, Paris, 1887.
-
Sapin C., Arnaud C. et Berry W., Bourgogne Romane, Dijon, 2006.
- Serbat L., La Charité, église, Congrès archéologique, 1913.
- Vallery-Radot J., L'ancienne église prieurale de Notre-Dame à La Charité-sur-Loire, L'architecture, Congrès archéologique de France, 1967.

 

 


 

[haut de page] [accueil] [contact]